Séminaire de jurilinguistique – lancement Lyon 2 – 29 septembre 2017

« La mise en formule(s) du droit »

Séminaire tournant de jurilinguistique interlangue

Journée n°1 : « Traduire l’illégalité : les normes et leurs formules »

29 septembre 2017, Lyon 2

Appel à communication

Le Centre Interlangues TIL de l’Université Bourgogne – Franche-Comté (EA4182) et le Centre de recherche en Terminologie et Traduction (CRTT EA656) de l’Université Lyon 2 mettent en place, à partir de la rentrée 2017, un cycle de séminaire tournant de jurilinguistique interlangues, interrogeant « la mise en formule du droit » et dont l’objectif est de constituer un réseau de recherche pérenne sur cette question, regroupant juristes, terminologues, analystes des discours juridiques, ainsi que traducteurs.

Les discours spécialisés des divers domaines sont les produits de pratiques langagières de communautés ou de milieux spécialisés, tant académiques que professionnels. Sur le plan terminologique, l’approche classique – qui part souvent d’ailleurs de la notion de langues de spécialité – considère l’analyse des discours de spécialité comme tributaire de la connaissance de l’appareil conceptuel dont les termes du domaine seraient des représentants langagiers. Pour le domaine juridique, Cornu pointait notamment les lexies « d’appartenance juridique exclusive » (Cornu, 2005 : 13). Le signe terminologique répondrait ainsi au souci de bi-univocité (Würster, 1970 : 94) comme condition de possibilité de tout discours spécialisé, ainsi du droit comme de tout autre.

Toutefois, le développement des discours experts (Maris, 2002 ; Cussó et Gobin, 2008 ; Léglise et Garric, 2012) et les processus de dilution des frontières institutionnelles (distinction sphère publique/sphère privée, nouvelles logiques d’administration de l’Etat, décentralisation, évolution de la séparation des pouvoirs), nécessitent de réinterroger cette perspective terminologique comme entrée des discours juridiques.

Sans toutefois quitter le plan lexical, un phénomène, observé conjointement par les juristes et les terminologues, est celui du recours croissant à des vocables ambigus, dépourvus de définition, dont la pertinence juridique interroge et dont l’emploi pose problème au législateur, au juge et au justiciable. Concernant les discours du domaine, Cussó et Gobin pointaient par exemple en 2008, le caractère « flou, abstrait, naturalisant » du « renouvellement lexical intense (et traduit dans 23 langues !) » (2008 : 7) du droit communautaire. Les juristes quant à eux, doctrine ou praticiens, identifient également cette généralisation du « flou du droit » (Delmas-Marty, 1986) justifié dans le domaine des Droits de l’Homme par la recherche du consensus international, « les règles précises dépend[ant] trop étroitement d’un contexte de règles de droit (Tunc, 1970 : 254) et conduisant les législateurs internationaux à adopter des déclarations d’intention truffées de standards juridiques non contraignants.

Le processus conjoint d’adaptation des normes aux contextes sociaux immédiats rend également le droit plus perméable à ces « formules ». Une nouvelle classification sociétale, juridique et politique est en train de s’imposer, faisant naître un tertium quid où les formules introduisent une nouvelle catégorie bouleversant le traditionnel couple terme juridique/terme non-juridique. Les structures du type fake news, alternative facts, ghost detainee, unlawful combattant, extraordinary rendition, illegal aliens, employées par des juristes et des hauts représentants de l’autorité politique, sont autant d’exemples de cette évolution, ainsi que d’une nouvelle manière de penser et de percevoir la norme, corrompue dans son caractère absolu et séduite (se-ducere) vers un univers relatif. Par l’association de termes en apparence antinomiques, ces formules semblent participer d’un nouvel imaginaire et de

nouvelles perceptions du monde, basées sur une ambiguïté et une confusion qui vont bien au-delà de l’implicitation et de l’exigence d’interprétabilité propres au discours juridique.

A partir d’une approche discursive et non strictement terminologique, nous plaçant dans le sillage des approches socioterminologique (F. Gaudin) ou de terminologie textuelle (Slodzian, Bourigault), nous formulerons donc une hypothèse : la formule, telle qu’elle a été conceptualisée par A Krieg-Planque, imite le terme. L’emploi des formules définies comme des unités lexicales (simples ou complexes) dotées d’un certain degré de figement et dont la circulation en fait des référents sociaux, concourt à la construction du consensus discursif. Quelles conséquences leur pénétration dans le discours juridique a-t-elle sur son économie générale et dans des contextes de reformulation du discours juridique aux non-initiés ?

Leur « impertinence sémantique » (P. Ricoeur) pose également au traducteur non seulement la question de la négociation entre les parties-sources et les parties-cibles (U. Eco), mais aussi celle de l’idéologie difficilement transférable d’une langue-culture à une autre, fondée, comme le montrait Destutt de Tracy, sur l’expérience sensible. Quelles stratégies le traducteur juridique devrait-il mettre en place afin de continuer à évoluer raisonnablement entre des communautés de langage où ces formules peinent à être « intersubjectivement reconnues » (Habermas, Vérité et justification, 2001 : 213) comme vraies, donc justes ?

Compte tenu de la dimension plurilingue affichée du séminaire, on accordera une attention toute particulière à la question de la « traduction » de ces formules où « traduction » est entendu dans un sens très large. Les différentes langues de l’UE – mais aussi au-delà – sont-elles, de la même façon, perméables à l’apparition de ces formules ? Leurs structures se prêtent-elles au calque et, dans ce cas, qu’en est-il de leur idiomaticité ? « Une traduction est-elle en mesure d’évoquer la même chose que l’original » (Oustinoff) ? Quelles méthodologies pour mettre au jour les épaisseurs sémantiques et les mouvements discursifs qu’elles condensent ? Quels effets perlocutionnaires sont mis en lumière lors du processus de traduction ? Comment les formules circulent-elles dans une langue-culture donnée avant et après leur inscription dans les textes de loi ?

Journée d’études n°1 : « traduire l’illégalité : les normes et leurs formules »

29 septembre 2017, Lyon 2

Nous cherchons à tester cette approche à partir d’un repérage de candidats-formules en discours juridique plurilingue, en centrant le champ d’investigation, pour la première journée et dans la continuité du cycle de journées 2017 initié par le CRTT, à la thématique de l’illégalité (ou de la justiciabilité), en contexte national, européen et/ou international. A titre d’exemples : intervention humanitaire ; guerre préventive ; droit/devoir d’ingérence ; migrant[s] ; dignité de la personne ; travail digne ; non-discrimination ; fait religieux ; …

Les propositions de communication sont à adresser avant le 5 1er septembre 2017 à :

Corina Veleanu :Corina.Veleanu@univ-lyon2.fr

Laurent Gautier : laurent.gautier@u-bourgogne.fr

Arthur Joyeux : arthur.joyeux@univ-fcomte.fr

Projet de thèse sur contrat doctoral : La construction discursive et langagière de la filière vitivinicole à l’international à travers le Bulletin de l’Organisation Internationale de la Vigne et du Vin depuis 1928

Projet de thèse mis au concours à l’Ecole Doctorale LISIT (ED 491) de l’Université de Bourgogne

La construction discursive et langagière de la filière vitivinicole à l’international à travers le Bulletin de l’Organisation Internationale de la Vigne et du Vin depuis 1928

Argumentaire scientifique présentant les enjeux de la thèse

Cette thèse représentera la première exploitation linguistique systématique du corpus actuellement en cours de production à la Maison des Sciences de l’Homme de Dijon dans le cadre de l’appel à projets « Bibliothèque Scientifique Numérique » de la BNF et portant sur l’intégralité de la collection du Bulletin de l’Organisation Internationale de la Vigne et du Vin depuis sa création en 1928. Ses enjeux se déclinent à la fois aux niveaux régional, national et international :

– Au niveau régional tout d’abord, ce projet s’inscrit dans le cadre du développement des recherches sur la vigne et le vin au sein de l’Université de Bourgogne qui a trouvé sa concrétisation dans la création du GIP « Bourgogne Vigne et Vin » qui regroupe, dans une même synergie, chercheurs et professionnels de la filière et promeut de manière appuyée les recherches SHS sur cette thématique longtemps limitée aux approches des sciences expérimentales (svt, sciences des aliments en particulier).

– Au niveau national ensuite, il s’agira d’une mise en valeur scientifique inédite de cette collection unique et largement méconnue, car peu accessible ; cette thèse représentera par ailleurs une contribution essentielle à la recherche française sur les langues de spécialité qui, spécialité après spécialité, vise à documenter les constructions discursives d’un grand nombre de domaines professionnels – le domaine du vin n’ayant pas encore été défriché.

– Au niveau international, ce sujet de thèse permettra de rendre justice à l’OIV, généralement considérée comme l’ONU du vin, et dont la construction, via cette publication en 5 langues, n’a pas encore été étudiée autrement que d’un point de vue juridique.

Projet de thèse

La construction discursive et langagière de la filière vitivinicole à l’international à travers le Bulletin de l’Organisation Internationale de la Vigne et du Vin depuis 1928

Description du projet

Contexte de la thèse :

Succédant en 2001 à l’Office International de la Vigne et du Vin (créé en 1924) et souvent qualifiée d’ « ONU du vin », l’OIV est un organisme technique, juridique et scientifique international qui travaille à l’harmonisation et à l’élaboration des pratiques et normes mondiales ainsi qu’à l’amélioration des conditions d’élaboration et de commercialisation des produits vitivinicoles. Comptant 46 États membres et travaillant en 5 langues officielles, l’OIV est une organisation internationale de premier plan pour la régulation de la filière vitivinicole à l’échelle planétaire. Depuis 1928, le Bulletin de l’OIV (qui a connu successivement plusieurs titres) est son organe officiel non seulement pour la publication, sous forme d’articles de recherche, des dernières avancées techniques et technologiques, mais aussi pour documenter ses congrès annuels et fournir aux professionnels tout l’arsenal législatif encadrant les échanges de la filière.

Objet de la thèse :

La collection complète du Bulletin actuellement en cours de numérisation et d’indexation à la Maison des Sciences de l’Homme représente donc une ressource inédite inestimable pour aborder, dans le cadre méthodologique qui est celui des recherches françaises sur les discours spécialisés, la manière dont se construit, dans et par ces discours, toute une filière économique à l’échelle planétaire et en cinq langues (français, allemand, anglais, espagnol, italien) – à travers la normalisation terminologique, bien sûr, mais aussi à un niveau macro-linguistique saisissable en termes de traditions discursives (cf. infra). Le projet proposé ici, qui aurait été impossible à réaliser sans l’opération de traitement numérique en cours, s’impose désormais comme une évidence dans la mesure où le corpus balisé permettra de multiples interrogations croisées dans l’esprit du data mining et des Humanités Numériques.

Cadres méthodologiques :

Le projet de thèse se situe à l’intersection entre 3 cadres méthodologiques principaux qu’il s’agira non pas de juxtaposer, mais de faire dialoguer pour dresser le portrait discursif de l’OIV depuis 1928 dans une recherche répondant aux standards internationaux actuels :

– Recherche diachronique sur les discours spécialisés : Le projet ne considérant pas l’approche terminologique comme la seule pertinente pour aborder les discours spécialisés, il s’agira de situer le travail de doctorat par rapport aux orientations actuelles de la recherche sur les discours spécialisés qui mettent l’accent sur l’inscription de ceux-ci dans leur sphère socioculturelle de référence, considérée comme vecteur de véritables « espaces discursifs spécialisés ». Compte tenu de la dimension historique du corpus, il conviendra par ailleurs – et cela sera novateur dans la recherche actuelle – de donner une orientation diachronique au travail sur la base d’un corpus inédit permettant d’observer in vivo, année après année, le mode de construction de la filière à l’échelle mondiale, avec ses tâtonnements, réorientations et choix divers.

– Traditions discursives : Le paradigme des ‘traditions discursives’, initialement développé dans les recherches des romanistes germanophones, s’est aujourd’hui largement développé par delà ce cadre d’origine et est de plus en plus appliqué à l’analyse diachronique des discours spécialisés. Il constituera le complément naturel au point précédant en ce qu’il permet d’analyser le niveau discursif macro, dans son articulation avec d’une part la réalité extralinguistique de la filière (les acteurs, leurs praxis, leurs savoirs) et avec d’autre part les traditions discursives des langues de référence au cours de la période considérée. À travers le prisme de ces traditions discursives, le projet s’inscrit directement dans l’axe « Modèles et discours » de l’EA 4182.

– Terminologie et normalisation terminologique : Au niveau microlinguistique, la thèse se situera enfin par rapport aux orientations contemporaines de la recherche en terminologie – synchronique (faite d’une succession de micro-diachronies) et diachronique (pour l’évolution générale depuis 1928) –, en particulier dans ses rapports avec la normalisation et l’uniformisation. La thèse sera ainsi amenée à aborder non seulement la forme des termes, mais aussi et surtout les concepts qu’ils dénomment dans la mesure où, s’agissant d’un produit hautement culturel comme le vin, les terminologies internationales de l’OIV doivent se situer entre les terminologies nationales, voire régionales, des États membres et le besoin d’internationalisation qui est la raison d’être de l’organisation. Résultats escomptés : La thèse devra aboutir : – à la mise à jour des moules discursifs développés par l’OIV depuis 1928 pour asseoir son rôle d’organisation de régulation de la filière à l’échelle mondiale ; – à la reconstruction motivée des choix terminologiques de l’OIV depuis 1928 dans les domaines les plus sensibles culturellement (appellations, description organoleptique ; – à la formalisation du rôle du bulletin de l’OIV dans la construction de la filière proprement dite.

Connaissances et compétences requises :

– excellente maîtrise du français (rédaction scientifique)

– compétences passives, idéalement actives en anglais

– compétences en linguistique de corpus et fouille de données textuelles

– intérêt pour le domaine vitivinicole

Détails pour la procédure de candidature en ligne sous : http://edlisit.u-bourgogne.fr/images/stories/pdf/contratdoc2012/sujets/Sujet%20TIL%20Gautier.pdf

Contact : laurent.gautier@u-bourgogne.fr

http://edlisit.u-bourgogne.fr/images/stories/pdf/contratdoc2012/sujets/Sujet%20TIL%20Gautier.pdf