Quelle sémantique pour la terminologie sensorielle ? Chisinau, Moldova, 4.10.2013

Quelle sémantique pour la terminologie sensorielle ?

S’inscrivant dans l’axe 1 de l’appel, la présente proposition de communication souhaite revenir sur les fondements théoriques et méthodologiques de la terminologie en examinant comment ceux-ci peuvent être mis en œuvre pour l’analyse particulière des descripteurs sensoriels considérés ici comme constituant le noyau dur des terminologies utilisées en sciences du goût.

À partir d’études de cas réalisées par ailleurs (cf. Cayot/Gautier/Soubrier 2009 autour du descripteur onctueux pour les produits laitiers ou Gautier/Le Fur/Robillard 2013 autour du descripteur minéral pour les vins [blancs]), la contribution se concentrera sur les aspects sémantiques, plutôt que contrastifs et/ou traductionnels, de la problématique en partant du fait, somme toute banal, que la plupart de ces termes peuvent être envisagés comme des néologismes de forme en ce que leurs signifiants existent le plus souvent sous une forme non terminologisée dans ce que d’aucuns nomment la « langue commune ». C’est dire le rôle fondamental revenant ici au processus de terminologisation – illustré de manière flagrante dans le travail définitoire – et ce d’autant plus que les concepts en question semblent quotidiens, pour ne pas dire évidents au locuteur non-expert qui aura tendance à penser que « sa » représentation du concept est forcément « la bonne ».

L’argumentation développée dans l’exposé tentera de répondre successivement aux quatre questions suivantes – traitées séparément pour les besoins de la démonstration, mais bien évidemment intimement liées :

  • Quel mode de description pour la sémantique sensorielle ? Si les terminologies sur lesquelles s’est constituée la discipline du même nom s’accommodaient fort bien d’une approche objectiviste – avec des définitions visant à saisir les propriétés intrinsèques des entités dénotées par les concepts –, les descripteurs sensoriels reposent bien davantage sur une appréhension constructiviste du sens dans la mesure où leur perception dépend directement du sujet humain faisant l’expérience de telle ou telle sensation et essayant de la dénommer (Lakoff 1987). La question qui se pose ainsi à la fois pour l’analyste sensoriel et pour le terminologue n’est pas tant celle de leur objectivité que celle de leur possible objectivisation.
  • Quels corpus ? Ce mode de construction du sens nécessite donc de disposer des corpus idoines qui, le plus souvent, ne correspondent que très partiellement aux corpus traditionnellement utilisés en terminologie. Compte tenu de la dimension constructiviste évoquée précédemment, il convient de recourir à des corpus permettant d’appréhender la construction du sens dans et par le discours, corpus qu’il convient d’examiner alors aussi sous l’angle interactionnel et discursif.
  • Quels informants ? Si les sciences du goût ont l’habitude de travailler à partir de la notion de panel (cf. Dacremont 2009 et les contributions réunies dans Dubois 2009), cette dernière n’est pas (encore) usuelle en terminologie. Il s’agit donc de se demander comment les données verbales produites par les différents types de panels sensoriels peuvent être investies au niveau terminologique en tenant bien compte des différences de statuts entre groupes.
  • Quelles définitions ? Les réponses aux trois questions précédentes doivent enfin permettre d’avancer sur celle de la forme des définitions : comment les extraire d’une zone de pure subjectivité pour leur donner, si tant que cela est un sens dans le domaine sensoriel, un tour normatif ?

 

Bibliographie (5 auteurs)

 

Cayot, Philippe/Gautier, Laurent/Soubrier, Jean (2009) : « Définition, dénomination et traduction du concept ‘onctueux’ en français, en anglais et en allemand ». In : Danièle Beltran-Vidal (Ed.). Les mots de la santé (2) : affaire(s) de goût(s). Lyon : Université Lumière-Lyon II, 189-222.

Dacremont, Catherine (2009) : « Analyse descriptive : comment le praticien de l’évaluation sensorielle construit-il une terminologie sensorielle ? » In : Danièle Beltran-Vidal (Ed.). Les mots de la santé (2) : affaire(s) de goût(s). Lyon : Université Lumière-Lyon II, 163-174.

Dubois, Danièle, Ed. (2009) : Le sentir et le dire. Concepts et méthodes en psychologie et linguistique cognitives. Paris : L’Harmattan.

Gautier / Le Fur / Robillard (2013) : « La ‘minéralité’ du vin : mots d’experts et de consommateurs » In : Laurent Gautier/Eva Lavric (Eds). Les descripteurs du vin en Europe : approches contrastives. Frankfurt/Main : Peter Lang, pagination en cours.

Lakoff, George (1987) : Women, Fire, and Dangerous Things: What Categories Reveal About the Mind. Chicago : University of Chicago Press.